Décroissance et anarchie, 2 révolutions sinon rien !
  Motion sur la décroissance - 65e congrès de la Fédération anarchiste du 10 au 12 maiLe vendredi 16 mai 2008
En 2008, le constat d'une crise environnementale globale (épuisement des ressources, effet de serre, déforestation, dégradation de la biodiversité…) est désormais largement partagé.
Partout, la réponse des tenants du système capitaliste consiste à désamorcer la contestation en organisant le consensus autour de fausses solutions. En France, cette stratégie s'est traduite par l'organisation d'un Grenelle de l'Environnement. Les solutions proposées visent avant tout à offrir de nouveaux débouchés au complexe industriel. La fuite en avant technologique aboutit à des aberrations, comme les agrocarburants, dont le développement entre directement en concurrence avec la production alimentaire et accélère la déforestation.
Face aux ravages causés par le développement durable… du système capitaliste, les populations en sont réduites en France à contester la baisse de leur pouvoir d'achat tandis que dans plusieurs pays éclatent des émeutes de la faim.
Le système connaît aujourd'hui un basculement. Si aucun gouvernement ne le reconnaît encore, ce sont bien les limites physiques de la planète qui sont largement dépassées : nous savons que, désormais, le coût du pétrole ne baissera plus.
Le discours dominant s'enferre dans une attitude schizophrène : poursuivre la logique productiviste en accélérant la croissance (rapport Attali) tout en culpabilisant les individus par rapport à leur consommation (discours de Nicolas Hulot). Le démantèlement des services publics participe en ce sens à la disparition de toute gestion collective en limitant ses prestations aux seuls individus solvables.
Insister sur les solutions technologiques et entretenir l'illusion d'une croissance propre permet à la classe dirigeante d'éviter le niveau politique, notamment les questions explosives de la répartition et de la redéfinition des richesses. En effet, le capitalisme, qui tire profit du gaspillage des ressources, est condamné à la croissance.
Sur une planète peuplée de neuf milliards d'individus en 2050, il n'y aura pas d'avenir durable, sans un ralentissement du cycle production-consommation. La seule perspective est une forte réduction de la sphère marchande et donc une diminution du temps de travail (travailler moins pour vivre mieux), bénéfique tant pour l'individu que pour la société : développement du relationnel, usage optimal, social et économe des biens et des services produits.
La relocalisation de l'activité économique doit permettre de renforcer l'autonomie des individus. Toutefois, il faut se garder de toute tentation autarcique de repli sur soi : aucun îlot écologiste ne pouvant survivre dans un océan capitaliste, l'objectif reste l'élimination du système capitaliste.
Contrairement au projet réformiste de décroissance soutenable, nous réaffirmons qu'il est parfaitement illusoire de s'en remettre à l'Etat, alors que celui-ci depuis toujours concentre les moyens et oriente la production au service des multinationales (subventions, infrastructures, recherche et développement, crédits de formation, privatisations, externalisation des coûts, prise en charge des pertes financières, etc.).
La participation d'écologistes dans les institutions montre que les étapes vers l'accession au pouvoir sont jalonnées de tous les renoncements et de toutes les trahisons.
L'autolimitation de l'activité humaine tenant compte des capacités de la planète ne peut résulter que des individus eux-mêmes, s'autogérant et se fédérant entre eux : c'est justement le projet de société libertaire !
La croissance est vitale pour le capitalisme, la décroissance lui est mortelle.
Un certain nombre de pratiques alternatives existent dans la société actuelle, préfigurant un autre futur. Mais aucune autre société ne sera possible tant que ne sera pas mis fin à l'exploitation capitaliste.
Aujourd'hui, les pays riches se satisfont de pseudo-progrès en matière d'environnement alors qu'ils tirent leur niveau de consommation insoutenable de l'exploitation des pays du Sud.
Désormais, nous savons que la décroissance est inévitable, et l'humanité se trouve face à un choix décisif, l'organiser ou la subir : écologie sociale ou barbarie !
Ne pas rompre définitivement avec la croissance, c'est condamner les populations à un avenir proche dans lequel les classes dirigeantes imposeront des restrictions toujours plus sévères au prix d'un contrôle social toujours plus fort et de populations livrées à toutes les guerres et à toutes les pénuries.
A l'opposé, la Fédération anarchiste est porteuse d'un projet qui permet aux individus de gérer la société eux-mêmes : une révolution sociale, écologique et libertaire !
Fédération Anarchiste
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|  OGM : les sénateurs ronflent, mais ne dorment pas | Alors que le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, a annoncé, le jeudi 7 février, que le gouvernement déposerait officiellement vendredi la clause de sauvegarde contre le maïs Monsanto 810 – seul maïs génétiquement modifié cultivé en France –, le Sénat a, de son côté, adopté jeudi un amendement au projet de loi sur les OGM, qui instaure un "délit de fauchage".
Cet amendement du rapporteur Jean Bizet (UMP), prévoit deux ans de prison et 75 000 euros d'amende, en cas de destruction ou de dégradation d'une parcelle de culture de plantes transgéniques. L'amendement prévoit des circonstances aggravantes lorsque la destruction porte sur un essai de recherche, la peine pouvant alors être portée à trois ans de prison et 150 000 euros d'amende.
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|  Contre Grenelle de l'environnement à Lyon |  Samedi 6/10, nous nous sommes rendus au contre grenelle de l'environnement organisé par plusieurs associations : le journal « la décroissance », « casseurs de pub » et l'Institut d'Études Économiques et Sociales pour la Décroissance Soutenable. Cette initiative avait aussi des partenaires tels que l' Université Populaire de Lyon, le « réseau sortir du nucléaire », la Confédération Paysanne, Alternatives Non Violentes, le Sarkophage, Alter ékolo et le CRIIRAD. Au même moment, quelques associations triées sur le volet par le pouvoir faisaient le Grenelle de l'environnement en compagnie du MEDEF. Le Grenelle de 68 étant un accord qui avait enterré un début de révolution, le Grenelle en cours à la Boorlo-Hulot allait enterrer l'environnement sous les nouveaux projets nucléaires.
Repolitiser l'écologie…
Plusieurs interventions ont ponctué cette journée qui a rassemblé autour de 800 personnes, ce qui n'est pas rien vu la période actuelle. A noter l'intervention de la LCR à la tribune, alors que les organisateurs avaient refusé une table de presse aux groupes libertaires en prétextant que celles-ci étaient réservées aux associations participantes. La LCR avait donc noyauté certaines associations participantes. Nous étions quand même heureux de voir tant de monde se préoccuper de repolitiser l'écologie en affirmant une écologie sociale remettant en cause les fondements du système capitaliste. Et nous ne pouvions qu'être d'accord avec l'idée insufflée durant toute cette journée : on ne pourra pas en finir avec «la domination de tous sur la planète » sans remettre en cause « la domination de quelques uns sur tous les autres ». La crise écologique et la crise sociale étaient la crise d'un système : le système capitaliste.
… pour une futur gauche « écolo radicale » de gouvernement
Là où nous sommes restés sur notre faim, c'est sur les perspectives sociales. Il semblait que des mots n'étaient pas les bienvenus. Comme révolution, autogestion, démocratie directe notamment. Nous entendions plutôt « démocratie radicale », « réinvestir le politique » ou encore «faire les bons choix politiques ». Nous sentions revenir le bon vieux schéma classique : qu'on prenne le pouvoir d'État et vous verrez de la vraie écologie politique et sociale. L'intervention la plus décevante et pénible fut certainement celle du rédacteur en chef du journal « la décroissance » (Vincent Cheynet) qui clama un retour à la Démocratie : « Pas de pouvoir sans contre-pouvoir » (Montesquieu), pas de majorité sans opposition. L'une comme l'autre sont consubstantielles à la démocratie. Ce qui relève de cette évidence démocratique ne semble plus du tout une évidence. La conquête des contre-pouvoirs, de l'opposition, est aussi vitale à la démocratie que la conquête du pouvoir, de la majorité. ». Et puis: « Une nation doit faire passer la défense de ses valeurs avant la simple raison économique et écologique ». Et le bouquet final qui en dit long sur les alternatives politiques :« Nous ne sommes pas des néo-bolchéviks acharnés à faire tomber la social-démocratie. Non, nous demandons simplement de faire ce choix essentiel à la démocratie : choisir son camp, en prendre acte, et l'assumer. Nous devons lutter en premier lieu contre nos propres démons, contre les discours des pseudo-libertaires dépolitisants (…). L'action d'Olivier Besancenot est infiniment plus positive pour l'écologie politique que celle de Nicolas Hulot, car la LCR conjugue social, politique, et environnemental. Certes, sur le point strictement environnemental, il est peut-être un peu moins performant que d'autres, et encore, mais au final l'alliance de ces trois dimensions le rend bien plus efficace pour la sauvegarde de l'environnement. Je le dis sans être ni adhérent de la LCR, ni ligueux, ni communiste, ni révolutionnaire, ou encore trotskiste » D'autres propositions tortueuses firent leur apparition comme la 20eme proposition de Paul Ariès : « contre l'illusion de la toute-puissance sarkozyenne, jouons la carte de la démocratie, exigeons la représentation proportionnelle pour toutes les élections, faisons respecter le non cumul des mandats et adoptons le mandat impératif, optons pour un régime primo-ministériel contre la présidentialisation et la peopolisation du pouvoir ». Gloup ! Un autre bémol relaté sur le site internet Rebellyon (site des infos alternatives lyonnaises), c'est le côté autoritaire des organisateurs : même s'ils ont fait un effort pour ne pas tout le temps se mettre en avant, les gens du journal « La décroissance » ont interdit à certains de prendre la parole pendant le débat très, très cadré. Une personne voulant parler des mobilisations contre les sommets biovision-biosquare et évoquer les biotechnologies n'a pas pu avoir le micro. Un décroissant radical, grand défenseur de l'environnement en Guyane, a reçu un mot d'un des organisateurs avant cette rencontre lui sommant de ne pas être là sous peine d'avoir recours à la police. Certains faucheurs d'OGM qui voulaient ramener des épis de maïs transgénique fraîchement fauchés n'ont pas été autorisés à le faire.
Nous sommes donc rentrés de ce contre grenelle avec le sentiment qu'il faut absolument continuer la campagne libertaire sur la décroissance car beaucoup de gens étaient ce jour-là en recherche d'alternatives nouvelles.
Par Manolo, Jean Claude, et Françoise Groupe F.A Vivre Libre ! (www.vivre-libre.org)
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|  De la destruction des espèces et des pertubations climatiques en cours au moyen du capitalisme | par Oliv du groupe FA , Nada, de toulon
« Une espèce sur trois serait menacée de disparition ? Plantes et animaux confondus ? C'est tellement gros qu'on hésite à y croire. Tellement gros qu'à ce stade, l'esprit humain perd toute capacité d'appréhender ce Une espèce sur trois serait menacée de disparition ? Plantes et animaux confondus ? C'est tellement gros qu'on hésite à y croire. Tellement gros qu'à ce stade, l'esprit humain perd toute capacité d'appréhender ce que cela représente » dit l'Agence Science-Presse. Nous pouvons dire la même chose sur les changements climatiques en cours. « C'est tellement gros qu'on hésite à y croire ». Certains, d'ailleurs, s'y refusent (pas toujours parce qu'ils en profitent). Y compris dans nos propres rangs (le Monde libertaire de la saison 2006-2007 l'a bien montré). Et pourtant... Soyons lucides ! Regardons le désastre écologique et social que le capitalisme nous impose en face ! Préalable indispensable afin de le combattre.
« Une espèce sur trois serait menacée de disparition ? Plantes et animaux confondus ? C'est tellement gros qu'on hésite à y croire. Tellement gros qu'à ce stade, l'esprit humain perd toute capacité d'appréhender ce que cela représente. [...]
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui a publié le 12 septembre l'édition 2007 de sa “Liste rouge” des espèces menacées, l'affirme haut et fort : l'humanité est la cause de la disparition appréhendée d'une espèce sur trois. [...] »
Par « l'humanité » comme cause d'extinction des espèces, nous entendons, nous, « ceux qui la dominent » par la force, car personne (sauf ceux qui nagent dans les millions et milliards) n'a jamais choisi ce système-là malgré ce que la mise en scène électorale cherche à nous faire croire. Le coupable est le capitalisme, et nous n'avancerons jamais tant au niveau environnemental que social (les deux sont inextricablement liés) sans l'avoir abattu auparavant.
Nous aurons malheureusement à gérer sur le très long terme ses conséquences comme les déchets nucléaires (la société post-capitaliste, si elle émerge un jour, ne pourra pas se passer de la formation continue de techniciens dans le nucléaire) et industriels, voire agricoles (les OGM).
« Prenons un cas. Un poisson appelé esturgeon. La Liste rouge des espèces menacées énumère notamment l'esturgeon à nez court, l'esturgeon jaune, l'esturgeon blanc, l'esturgeon vert, l'esturgeon de l'Atlantique... Tous des esturgeons, mais cinq espèces différentes. Est-ce si grave si quelques-unes de ces espèces disparaissent ? Un esturgeon n'est-il pas un esturgeon ? Eh bien non, justement. La “biodiversité”, c'est exactement ça, depuis des millions d'années : la plus grande variété possible. Si l'esturgeon vert disparaît, il n'est pas acquis que les esturgeons blanc ou jaune prendront sa place puisque chacun s'est adapté à des écosystèmes différents. Résultat, chacune de ces espèces d'esturgeons vit en équilibre instable avec des centaines d'autres espèces de poissons et de plantes aquatiques, sans compter les grenouilles, les insectes et les oiseaux du coin. Retirer une espèce d'esturgeon, c'est comme retirer un verre de vin d'une pyramide de verres de vin. [...] »
Contrairement à ce que nous disent les bouffons négateurs du désastre écologique (et social) en cours, une espèce disparue n'est pas remplacée par une espèce voisine. Une disparition d'espèce est irréversible. Irrévocable. Irrécupérable. Une perte sèche, sans retour. De même, la perte de forêts riches en biodiversité (en zone tropicale) ne se récupère pas par l'augmentation de la surface forestière (pauvre en biodiversité comparée à la précédente) en Europe du Nord.
De même, la résistance probable de la calotte polaire du continent antarctique (pôle Sud) aux changements climatiques en cours et à venir ne rééquilibrera pas la fonte prévisible d'ici quelques décennies de la calotte polaire de l'océan arctique (Nord) les étés. Il n'y aura sûrement pas de sorte de « bilan zéro » de ces deux faits apparemment contraires faisant « disparaître » par enchantement les perturbations climatiques humaines provoquées par la férule capitaliste qui nous broie tou.te.s (exploiteurs mis à part.)
- Au sujet des pôles et de leur devenir prévisible face aux perturbations anthropiques du climat, vous pouvez écouter et télécharger (en mp3) trois émissions d'une vingtaine de minutes chacune du site Ciel et Espace Radio sur cette page.
L'article original
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|  Vive la guerre ? Anarchisme et décroissance | Guerres, famines et épidémies de toutes sortes sont-elles souhaitables pour assurer l'équilibre démographique et préserver les ressources naturelles de la planète? Cette position extrême et misanthrope ne peut être celle d'anarchistes ayant à coeur d'assurer le bien-être de la population, l'égalité économique et sociale de toutes et tous. Les pays riches ne peuvent faire peser sur les pays défavorisés (car exploités) le poids d'une décroissance rendue nécessaire aujourd'hui pour la sauvegarde de la vie et de la biodiversité sur terre mais également pour en finir avec un système productiviste aliénant. L'HOMME EST UN PARASITE pour l'homme pourtant l'évolution de la population mondiale peut paraître préoccupante dans une situation où l'on pointe la raréfaction des ressources et la difficulté de mettre en place des énergies renouvelables. La population mondiale a en effet augmenté dans des proportions considérables depuis un siècle (elle a plus que triplé, passant de moins de 2 milliards en 1900 à plus de 6 milliards aujourd'hui selon l'Institut national des études démographiques) et devrait continuer à augmenter pendant encore quelques décennies pour atteindre très probablement des chiffres proches de 9 ou 10 milliards. Cette situation peut apparaître problématique. L'homme est un habitant de la planète au même titre que les autres espèces animales et végétales; il est toutefois bien plus dangereux pour l'environnement que ne le sont les autres espèces vivantes. On sait, par exemple, que la disparition des ressources halieutiques prévue pour la moitié du XXIe siècle n'est due qu'à l'action de l'homme. En outre, l'urbanisation progresse sans arrêt, grignotant en de nombreux endroits sur les forêts(1), la campagne, la faune et la flore. On peut aisément imaginer qu'une espèce animale ou végétale qui proliférerait à la même vitesse que l'homme et ferait disparaître à la même mesure la biodiversité l'entourant serait considérée comme un parasite dangereux et combattue avec énergie. Si les animaux pouvaient réagir à notre invasion, nul doute qu'ils auraient déjà mis les grands moyens pour limiter notre population. Il est presque étonnant que l'on ne se rende pas davantage compte du fait que notre façon actuelle de vivre et d'agir sur la planète est préoccupante et, à bien des égards, dangereuse.
Urgence ou nécessité?
La diminution progressive de la biodiversité mondiale est avérée, de même que le diagnostic de sa cause: l'intervention de l'homme. À la limite, peu importe, alors, de savoir s'il restera ou non suffisamment de ressources lorsque la population humaine se sera stabilisée. Il est ainsi malvenu de remettre en question la notion de décroissance (comme le fait un article du Monde libertaire, n° 1471) sous prétexte que les chiffres avancés par ses défenseurs sont imprécis, voire invérifiables. Savoir s'il faudrait les ressources de deux, trois ou cinq planètes pour permettre le fonctionnement du système capitaliste actuel, si le mode de vie des États-Unis s'étendait au monde entier, ne change rien à la nécessité politique de sortir d'un système qui exploite l'homme tout autant que la nature et sans considération pour leur « éventuelle » dégradation. Il apparaît fort plausible que le mode de consommation et le niveau de pollution états-uniennes élargis à l'ensemble de la population mondiale causeraient des difficultés écologiques sans précédent, mais quand bien même on pourrait y survivre en mettant tous un masque à oxygène ou (soyons plus optimistes) en favorisant des véhicules (ou rêvons un peu, des avions) peu consommateurs d'hydrocarbures, ceci n'enlève rien à la nécessité de revoir, dès aujourd'hui, notre façon de vivre ensemble et notre rapport à notre environnement. Importe-t-il réellement que le réchauffement climatique soit dû seulement en partie ou totalement aux gaz à effet de serre? Les asthmatiques qui ne peuvent presque plus vivre en ville à cause de la pollution - due notamment aux gaz d'échappements - se moquent sans doute pas mal qu'il reste assez de pétrole pour continuer à polluer ainsi pendant de longues années. La question de la date à laquelle les principales ressources vont être épuisées ou du moment où les derniers phoques et les ultimes baleines auront disparu ne saurait nous détourner de l'essentiel: le besoin impérieux de dire non au capitalisme, au productivisme et à un mode de développement basé sur la croissance infinie de la production et de la consommation.
Comment faire passer la pilule?
Dans une société basée entièrement sur le mythe de la croissance, la notion de décroissance est difficile à avaler. C'est une des raisons pour lesquelles nombre d'écologistes tombent dans le catastrophisme afin d'alerter les consciences. Et apparemment ça marche, car prévenir de l'épuisement des ressources pétrolières ou hydriques et de la fonte accélérée des pôles semble plus efficace que de dénoncer les pollutions urbaines ou rurales (notamment la pollution de l'eau) ou l'ineptie des transports internationaux de marchandise. Mais le constat d'une éventuelle exagération ne doit pas laisser la place à l'inaction. Le respect de l'environnement s'inscrit pleinement dans les principes anarchistes car on ne peut dénoncer l'exploitation de l'homme par l'homme sans combattre toutes les formes d'asservissement que représente le fait d'imposer à d'autres la dégradation de leur environnement, l'épuisement de leurs ressources vitales, etc.
Anarchisme et décroissance
La décroissance constitue une chance et un espoir pour une société engluée dans le productivisme négateur à la fois de l'individu et de la planète qu'il habite: cette idéologie repose sur un asservissement de l'homme et de la nature, les deux étant également exploités et dégradés, même s'ils n'en meurent pas tout de suite. Penser collectivement des façons d'organiser l'économie, de sorte qu'elle ne soit plus basée sur toujours plus de consommation et de production, revient à envisager la possibilité d'une société anarchiste relocalisée, autogestionnaire, soucieuse du bien commun, débarrassée des rapports d'exploitation. La décroissance est nécessaire à court terme dans nos sociétés surproductrices et surconsommatrices dans lesquelles les logiques de profit conduisent à dénier les intérêts basiques de l'humain et à dégrader sans considération la nature (qu'on pense aux pesticides sur les cultures, aux OGM et leurs conséquences avérées ou (im)prévisibles...). Elle est également à envisager pour les populations qui sont encore aujourd'hui dénuées du strict nécessaire. Il est bien évidemment impossible de comparer le mode de consommation de la France et celui des pays saheliens et demander à des pays qui n'ont rien de décroître apparaît stupide. Mais c'est ne raisonner qu'en termes nominaux et prendre le terme décroissance pour une fin en soi, alors qu'elle n'est qu'un moyen pour aboutir à une autre organisation économique et sociale: si nos sociétés basées sur la croissances doivent décroître, c'est en adoptant un autre mode de développement, qui n'est plus basé sur la croissance de la production mais sur une diminution raisonnée de celle-ci et un recentrage sur les besoins réels. Ce mode de développement alternatif est applicable aux pays du Sud dits sous-développés. Peut-être même pourrait-on dire malheureusement que ce sous-développement constitue pour eux l'opportunité de mettre en place un mode de développement raisonné et respectueux de l'humain et de l'environnement qui ne nécessitera pas une remise à plat complète du mode de développement antérieur. Certains pays ont devant eux un terrain presque vierge leur permettant de penser un fonctionnement basé sur la production locale, l'autosubsistance, l'utilisation d'énergies renouvelables. Développer l'éducation et la santé nécessitera certes une croissance en termes d'infrastructures mais, dans une optique dégagée du productivisme, on pourra envisager la satisfaction de ces besoins d'une manière la plus en harmonie possible avec les environnements locaux.
Vers une décroissance démographique?
La question de la population mondiale est une problématique à prendre en compte dans la démarche de décroissance qui doit aboutir à un mode d'organisation alternatif. Il est en effet plus difficile de décroître lorsque la population et, partant, les besoins augmentent. À cette objection, deux réponses cohérentes avec un positionnement anarchiste : la première est que dans les pays développés, à croissance de population faible, un mode de vie décroissant doit permettre de répondre aux besoins réels de chacun tout en diminuant l'impact écologique de tous. La seconde est qu'au niveau de la planète entière (pays du Nord et du Sud), la décroissance de la population peut être un objectif politique cohérent qu'il nous faudrait défendre: il est en effet bien plus facile d'entamer une décroissance économique qui se baserait sur une décroissance démographique. On sait que la classe dirigeante capitaliste des pays développés a toujours eu le souci de relancer la natalité afin de faire tourner la machine économique (on se souvient de la volonté de Raffarin en 2002 de «.repeupler » la France par des mesures financières incitant les couples à faire des enfants). Les anarchistes d'il y a un siècle prônaient déjà la contraception afin de ne plus fournir de chair à canon et à patrons et de permettre aux famille modestes de vivre mieux. Le triptyque travail-famille-patrie est malheureusement toujours d'actualité, et il s'avère à nouveau nécessaire de contester la famille et son rôle de soutien du système capitaliste. La transition démographique en Occident a tendu à faire passer nos sociétés en deçà du seuil de renouvellement des générations (à partir de 2,1 enfants par femme), ce qui prouve que la décroissance démographique est possible sans douleur ni contrainte. Une moyenne inférieure à deux enfants par femme permet une diminution stable de la population qui pourrait permettre à l'espèce humaine de reprendre une place raisonnable dans son environnement tout en vivant mieux. Cette décroissance doit bien évidemment être encouragée et aidée dans les pays du Sud où les ressources sont moindres ou moins accessibles, et la population en constante augmentation. Là encore, l'éducation est la principale arme: afin de faciliter une transition de la croissance de la population à sa décroissance. On laissera les guerres aux dirigeants politiques et les châtiments divins aux bigots. La folie - ou l'inconscience - colonisatrice de l'homme n'est pas une tendance irréversible que seules les plus terribles calamités pourraient freiner, mais le sous-produit d'une position métaphysique; économique et politique qui voudrait que l'homme domine à la fois son environnement et son prochain. Cette logique est inacceptable. On ne peut que lui opposer la recherche de l'égalité économique et sociale de tous, ce qui passe par un refus à la fois d'exploiter autrui et la planète, et donc par un développement de l'être humain qui ne sera plus basé sur la croissance économique et son corollaire démographique.
Romain Constant
Romain Constant milite au groupe Louise Michel de la Fédération anarchiste
1. L'article sur la décroissance du Monde libertaire, n 1471 qui laisse entendre que la biodiversité progresse parce que les forêts mondiales ne diminuent pas toutes et que certaines progressent, oublie que la forêt européenne, si elle augmente, est bien moins riche en diversité que les forêts d'Amérique du Sud qui diminuent, elles, bel et bien dans leur ensemble.
Le Monde libertaire #1475 du 26 avril au 2 mai 2007
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|  Les Amap, terres d'expérimentation |  Englués dans un système que nous trouvons absurde et révoltant, mais qui prospère grâce à notre collaboration de producteurs-consommateurs, nous cherchons malgré tout à éviter d'abonder les circuits commerciaux les plus scandaleusement cyniques. Mais même lorsque nous parvenons à réduire au maximum notre contribution à la croissance capitaliste, certains achats restent nécessaires, dont l'alimentation. Les Amap sont une façon plutôt sympathique de s'approvisionner, mais elles peuvent aussi devenir des laboratoires de démocratie.
Vente directe de produits locaux de l'agriculture propre
Le principe de l'Amap (Association pour le maintien de l'agriculture paysanne) est simple : des « contrats » passés entre une ferme et un groupe de consommateurs qui lui achètent à l'avance sa production sous forme de « paniers » (assortiment de produits) selon un rythme et un calendrier fixés à l'avance. Les achats s'effectuent individuellement ; l'acheminement et la livraison s'organisent collectivement. (Par chance les Amap ne sont pas encore normées, réglementées, etc et on trouve donc beaucoup de variantes dans leur mise en oeuvre). Plus intéressante, la « fédération d'Amap » regroupe plusieurs fermes proposant des produits différents et un collectif de consommateurs habitant un même bourg ou un même quartier. Le fonctionnement en fédération permet d'échanger l'ensemble des produits au même endroit et au même moment, avec les mêmes règles, mais surtour de sortir du cadre économique pour prendre une dimension politique. C'est une expérience de ce type – balbutiante et imparfaite – que je vais décrire. Le cadre est une sous-préfecture d'Auvergne de 7 000 hectares.
Il y a un an, s'est constituée une association qui regroupe douze familles d'agriculteurs locaux produisant presque tous les produits nécessaires à l'alimentation (légumes, produits laitiers, pain et céréales, vin, miel, aromates, porc, boeuf, mouton, volailles ...) et une trentaine de consommateurs-militants venant d'horizons divers (dans un patelin, on ne peut pas se permettre le luxe du sectarisme). L'association poursuit deux objectifs complémentaires inscrits dans ses statuts : premièrement, soutenir les petits paysans « bios » du coin, en développant la vente directe de leurs produits sous forme d'Amap. (L'association aide les paysans à obtenir le label bio. A terme, l'objectif est qu'elle délivre sa propre « certification ».) Deuxièmement, en s'appuyant sur cette pratique, intervenir dans la vie de la cité et animer des débats autour de la croissance capitaliste, des échanges Nord-Sud, de la grande distribution, de la marchandisation du vivant, de la dégradation environnementale ... Toutes les décisions d'orientation sont prises en assemblée générale. Il n'existe pas de délégation de pouvoir, mais des commissions « paysans-consommateurs » mandatées pour un temps donné, pour des fonctions telles que la communication, l'organisation logistique ou la gestion.
Partir de la pratique
Les attraits pour le consommateur de la vente par Amap sont multiples : une nourriture saine, goûteuse, à un prix abordable pour toutes les bourses (objectif majeur puisque la vente directe permet de partager la marge du circuit de distribution-vente entre producteur et consommateur), et des échanges conviviaux (les paysans font visiter leurs fermes et proposent des animations – culinaires, pédagogiques ... – autour de leurs produits). Le paiement anticipé et le principe du panier constituent les principales contraintes (encore qu'à l'usage, les consommateurs se réjouissent d'avoir découvert des légumes qu'ils ne connaissaient pas ou d'avoir cuisiné des morceaux de viande qu'ils n'auraient jamais eu l'idée d'acheter). Pour le paysan, les Amap apportent un débouché complémentaire, une juste rémunération de son travail, une garantie contre les invendus (on évite le gaspillage), un ballon d'oxygène en matière de trésorerie, et une relation de confiance avec ses acheteurs. Aux militants, les Amap fournissent une illustration économique concrète sur laquelle se fonder pour démonter, analyser et critiquer le capitalisme : par exemple, il est beaucoup plus facile de faire comprendre les enjeux (économiques, sociaux, environnementaux, etc) de la mondialisation lorsqu'on raisonne par opposition avec une économie relocalisée. De même, la justification de son prix par le paysan (la transparence financière faisant partie des statuts de l'association) éclaire la composition du prix de vente en grande surface ou en magasin, et comment se répartit la plus-value. L'explication des principes de l'agriculture biologique montre les enjeux économiques et géopolitiques de l'indépendance des paysans par rapport aux semenciers, aux propriétaires de gènes, aux marchands de pesticides, et pourquoi les multinationales s'acharnent tant à vouloir imposer les OGM. Enfin la comparaison entre l'économie d'une ferme et celle d'une entreprise de l'agriculture industrielle met en lumière la logique capitaliste qui conduit inévitablement à la concentration du capital, à la destruction des petits paysans et au monopole d'une agro-industrie d'exportation, affameuse du tiers-monde, destructrice de l'environnement, et toujours plus dépendante des multinationales de la chimie et de la pharmacie. On pourrait multiplier les exemples qui sont tous évidemment transposables aux activiéts industrielles et de services. Au bout du compte, la pratique des Amap donne tout naturellement un avant-goût de ce que pourrait être une société de décroissance choisie, puisqu'on y démontre qu'une organisation volontairement économe – en chimie, transports, bâtiments, emballages, publicité, services intermédiaires ...– permet de mieux satisfaire les besoins essentiels (nourriture, santé, plaisir du goût, convivialité) tout en préservant ce que détruit la croissance capitaliste : la nature, le tissu social, les solidarités ...
S'entraîner à l'organisation démocratique
Nous ne sommes pas des naïfs : les Amap, comme les autres expériences d'économie alternative, ne remplacent pas les luttes contre les agressions de la classe dominante et ne représentent pas une menace pour elle. Si, par extraordinaire, les consommateurs désertaient en masse les circuits marchands traditionnels et mettaient ainsi en péril l'ordre établi, soyons sûrs que les agents du capitalisme ne resteraient pas les bras croisés. Il est plus probable que la crise du système viendra du péril écologique. Chacun sait à présent que la croissance de l'activité économique implique le dérèglement climatique, l'épuisement des ressources naturelles et l'accumulation des pollutions. Or le capitalisme ne peut renoncer à la croissance, sinon il se suicide. Pour le sauver, les patrons des multinationales concoctent depuis longtemps le concept du « développement durable », un leurre, car non seulement rien n'a été fait dans cette direction, mais surtout parce que le remède serait pire que le mal, la reconversion du système de production pour le rendre « durable » demandant elle-même un colossal effort de croissance ! Nous arriverons donc sous peu à une situation explosive, car il faudra faire supporter aux travailleurs le coût de cette reconversion, plus celui des catastrophes – météorologiques, sanitaires ...– et de leur prévention (fabrication de digues, de masques à gaz, de vaccins, etc) afin de préserver les profits des actionnaires. Et que viennent faire les Amap là-dedans, me direz_vous ? J'y arrive. Qui s'intéresse à l'histoire constate que les noyaux de résistance au totalitarisme se forment autour des communautés ayant acquis auparavant une pratique de l'action solidaire. Même si nous savons parfaitement bien que des alternatives dans le système ne constituent pas des alternatives au système, même si les problèmes que doivent régler les Amap n'ont rien à voir avec ceux qui se poseraient lors d'une crise violente, les expériences d'économie parallèle peuvent néanmoins constituer des laboratoires d'organisation démocratique, des terrains d'apprentissage pour les militants, et des « preuves par l'exemple » de la faisabilité d'une « décroissance conviviale ». (Lire, de Serge Latouche : Décoloniser l'imaginaire, éditions Paragon, Paris 2003)
L'autogestion à l'épreuve du concret
« L'anarchie, c'est l'ordre moins le pouvoir », affirmons-nous. L'intérêt de travailler sur un socle très concret (cultiver, se nourrir ...), c'est mettre les principes à l'épreuve de la pratique avec un résultat objectivement constatable. L'association des producteurs et des consommateurs doit préserver en permanence l'équilibre entre l'efficacité économique indispensable à la pérennité de la fédération d'Amap et le fonctionnement démocratique sans lequel elle perd son sens. La première urgence consiste à assurer le chiffre d'affaires en deçà duquel la participation aux Amap représente une charge pour les paysans. Lorsque cet objectif est atteint, se pose la question de la rémunération du travail d'administration devenu trop lourd pour les bénévoles : comment éviter la sujétion salariale et la bureaucratisation ? D'autres questions surgissent avec l'augmentation du volume d'activité. Par exemple, lorsque plusieurs paysans veulent proposer un même produit, doit-on partager le chiffre d'affaires, au risque de rendre les transactions non-rentables pour tous, ou bien attendre qu'un premier entré soit stabilisé pour ouvrir la fédération à un autre, ou bien encore laisser jouer librement le choix des consommateurs (donc la concurrence) ? Pour un même produit, doit-on imposer un prix unique, calculer le prix de vente à partir du prix de revient et appliquer une marge égale pour tous, ou laisser chacun agir à sa guise (débats passionnés garantis) ? Si elle veut pratiquer la démocratie directe, la fédération doit autolimiter sa taille, le nombre de ses clients, donc son chiffre d'affaires. Ce n'est pas si simple car, au-delà d'un certain seuil, la rentabilité croît avec le volume des transactions. Comment garantir que toutes les fédérations appliqueront la même règle ? Quant à la question des indispensables échanges entre régions, elle se pose déjà. En effet, pour respecter les objectifs de relocalisation de l'économie et de limitation des trajets, les consommateurs des Amap cherchent en principe des fermes proches. Cependant, les zones rurales sont excédentaires en production à l'inverse des zones urbaines. Peut-on éviter la concurrence sauvage en coordonnant équitablement l'approvisionnement des villes par les Amap des campagnes, sans pour autant tomber dans l'inflation bureaucratique ? Et comment réguler les échanges entre régions de productions différentes (produits de la mer et fruits méditerranéens contre fromages et charcuteries d'Auvergne, etc) ? Toutes ces questions, on le voit, n'ont rien d'accessoire. Les résoudre en théorie n'est déjà pas facile. Dans la pratique, il faut compter avec la pression économique qui s'exerce des fermiers souvent au bord de la rupture, construire un consensus entre paysans, consommateurs-militants et simples « clients », et se méfier de la tendance naturelle de toute organisation à croître et à rechercher d'abord son propre intérêt. Les militants locaux, fatigués des débats théoriques et des joutes électorales, éprouvent là leurs idées leur capacité à mener une action concrète et durable avec des gens d'horizons différents. Si cette expérience collective parvient à trouver son équilibre économique sans renier ses principes, elle aura montré à tous ceux qui y participent de près ou de loin qu'une entreprise efficace peut fonctionner sans chercher à faire du profit, en autogestion et, last but not least, (dernier mais pas moindre), en y prenant plaisir.
François Roux Monde libertaire n°1470
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|  Le totalitarisme publicitaire |  Dans une de ses nouvelles, Philip K.DICK- (écrivain américain de science-fiction) décrivait un monde cauchemardesque où la publicité parasite totalement la vie de l'individu. Ce texte, écrit dans les années 1950, est terriblement d'actualité, pour ne pas dire visionnaire (au sens rimbaldien du terme ...). Comme George ORWELL, Philip K.DICK pressentait le totalitarisme mais dans un autre domaine: ORWELL dans la surveillance permanente et policière, K.DICK dans l'utilisation systématique de la libido de l'individu pour faire vendre et transformer un étre pensant en machine à consommer. La société ultra-libérale dans laquelle nous vivons est totalitaire...Relisons Orwell, relisons K.Dick! La répression que subissent les "déboulonneurs de pub"en témoigne : ultra-libéralisme économique et société policière sont les deux faces de la même "médaille".
Pour une société sans pub et sans matraque ! Une société libertaire,en somme...
La pub, c'est de la m.......!
dominik
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|  Décroissance et anarchie |  Depuis quelque temps, le concept de « décroissance » fait couler beaucoup d'encre ... On l'entend dans toutes les bouches et à toutes les sauces, y compris chez les anarchistes où la parution de la brochure décroissance semble avoir créé une certaine dynamique. Il n'est évidemment pas question, ici, de s'interroger sur la nécessité de décroÎtre : le bilan écologique catastrophique de la politique capitaliste parle d'elle-même ! La question que je voudrais soulever est sur toutes les lèvres : Que veut dire, concrètement, « mettre en pratique » - ici et maintenant - la décroissance ?
À cette question, on entend trop souvent répondre qu'il suffit de moins consommer ; on fait même l'éloge de la pauvreté et de la simplicité volontaire. Bien. Mais si remettre en cause notre mode de consommation est un premier pas, se focaliser sur cet aspect peut avoir des conséquences très néfastes sur notre compréhension de la décroissance !
En effet, tout le monde peut noter les incroyables dépenses d'énergie de nos sociétés modernes (surproduction, gaspillage, sur-emballages, fin des ressources naturelles, etc.). Mais est-on obligé de retourner à l'âge des cavernes pour vivre une société de décroissance ? La très grande majorité des gens n'aspire-t-elle pas à vivre avec un minimum de confort ? est-ce blâmable ?
En fait, le problème de la décroissance ne se résout pas simplement par à une plus faible consommation : il ne sert à rien d'acheter moins si nos revendications s'arrêtent là - quel intérêt de n'avoir qu'une seule paire de chaussures, si ces chaussures ont été fabriquées au bout du monde par des enfants et qu'on les achète dans des grandes surfaces ? est-ce de la décroissance ? Absolument pas ! Il y a tout un fonctionnement économique et politique derrière... le vrai problème de la décroissance, c'est le capitalisme ! Ainsi, se focaliser sur la consommation sans s'interroger sur la production (sa provenance, qui la fabrique, comment, dans quelles conditions, etc.), c'est ne pas vraiment remettre en cause le mode de fonctionnement capitaliste (production-distribution-consommation) ; cela revient à accepter une nécessité (ou une fatalité) derrière cela... La perversité nocive de ce système est d'avoir réussi à mettre en place - au travers de contradictions fantastiques - des contraintes qui assurent sa pérennité : il s'appuie sur des actes de consommation de masse qu'il tente de rendre nécessaires pour la survie de chacun. Cette consommation, aussi faible soit elle, est aussi la meilleure garantie de survie du système. En effet, on aura beau crier au loup, cracher à la gueule du Medef et des gouvernants ; le système trouvera toujours le moyen de se maintenir et de maintenir son cortège de pollutions, de misères et d'exploitations tant que notre implication dans son fonctionnement ne sera pas modifiée. Si l'on ne remet pas cela en cause, non seulement on ne remet pas en cause le système, mais en plus, on le soutient en lui donnant la possibilité de se perpétuer !
Très bien, me dira-t-on, mais alors que fait-on ?
Aspirer à vivre dans une société de décroissance, c'est aspirer à vivre dans une société où les gens définissent eux-mêmes - librement et sans contraintes - ce qu'ils veulent produire, comment, pourquoi, pour qui, où, etc... Ils définissent localement la façon dont ils veulent vivre ; ce sont des acteurs conscients du système auquel ils participent . Ce mode d'organisation est, de fait, beaucoup moins consommateur d'énergie : finis la surproduction et le gaspillage ! moins de transports de marchandises à l'autre bout du monde ! prises de décisions collectives sur la manière de produire (accepterons-nous alors les modes de production très polluants ?) !
Nous devons donc aller plus loin que les tenants médiatisés de la décroissance en mettant l'accent sur le mode d'organisation anarchiste comme unique moyen de décroître harmonieusement, débarrassé du monstre capitaliste ! Il faut défendre l'idée que l'organisation libertaire de la société est écologiquement saine, économiquement viable et socialement équitable, et s'inscrit dans le cadre d'une société humaniste de décroissance !
Ainsi, il n'est pas tant question d'arrêter de consommer, mais plutôt de produire et de consommer mieux ! Il faut donc, dès aujourd'hui, se donner les moyens - malgré les obstacles du système économique en place - de faire fonctionner concrètement une société libertaire - sans quoi nous n'effrayons pas le capitalisme et ne pratiquons pas la décroissance.... Prenons nos responsabilités !
J'insiste : notre projet de société est cohérent et réalisable ! Il faut créer, faire émerger ou investir des réseaux alternatifs locaux, de production et de distribution, s'inscrivant complètement dans le cadre de la décroissance : Nous voulons définir ensemble ce que l'on veut consommer et envisager comment le produire en accord avec nos principes et en tenant compte des contraintes écologiques ! Réapproprions-nous les outils et les moyens de production pour les faire répondre aux besoins locaux. (Si de véritables réseaux, autonomes et autosuffisants, n'existent pas vraiment pour le moment, ce n'est pas une raison pour attendre : 1 euro donné aux systèmes alternatifs ou 1 euro donné au grand capital, cela n'a pas la même valeur politique : on vote tous les jours en consommant !)
Il existe déjà, par exemple, des associations regroupant de petites exploitations agricoles et des consommateurs proches (style AMAP : associations pour le maintien de l'agriculture paysanne). Ils décident ensemble, et à l'avance, des modalités de production et de distribution ; les consommateurs s'engagent à acheter la récolte et le producteur peut ainsi se dégager des politiques agricoles qui l'étouffent. Cette production et cette consommation locales donnent, d'une part, la possibilité de survivre à la petite paysannerie que le système a prévu d'éliminer, et permettent, d'autre part, de réduire considérablement le gaspillage de nourriture et d'énergie dû à la production industrielle (et chimique), au transport et au stockage. On biaise ainsi la grande distribution et le système en les attaquant là où ça fait mal ! Plus d'intermédiaires, juste des gens qui s'organisent entre eux...
Et ce genre d'initiatives peut s'imaginer et se créer pour tous types de production. Ces exemples d'alternatives peuvent devenir une vraie réponse, foncièrement anti-capitalistes tout en étant viables et écologiques ; mais si nous n'y prenons pas part, elles risquent d'être phagocytées par le système. En effet, ces AMAP sont fondées sur des principes proches de ceux d'une organisation libertaire, mais sont placées sous la coupe de l'association Alliance PEC (qui n'affiche pas, clairement, d'affinités particulières pour les libertaires), qui, si l'on y prend garde, pourrait bien transformer ces initiatives en nouveau mode de consommation « bobo » ! Il en va de même des SEL et de toutes les tentatives alternatives...
Ainsi, pour conclure, il est non seulement nécessaire - mais pas suffisant - de fuir les grandes chaînes et la grande distribution, mais il est aussi impératif d'essayer de mettre en pratique, dès aujourd'hui - dans la mesure du possible -, une organisation positive de la société... Favorisons la mise en place d'une organisation libertaire en soutenant et en créant des réseaux alternatifs et locaux, de production et de distribution, de recyclage et d'échange (ainsi que des lieux de convivialité et de rencontre ouverts sur l'extérieur - bibliothèques, squats, cuisines autogérées, espace de gratuité, cours, etc.). Surtout que, de fait, ces réseaux fonctionnent et attirent des gens bien au-delà du simple milieu militant : l'anarchie est trop belle pour ne pas séduire !
Ainsi, puisque l'organisation libertaire de la société est enviable et écologiquement saine - et qu'elle est l'unique vecteur permettant à la fois bien-être général et décroissance -, à nous de montrer, par l'exemple et la pratique, qu'une société basée sur ces principes est possible. Nous n'en serons que plus cohérents dans nos luttes.
Clément, du groupe Louise Michel
1. Jean-Pierre TERTRAIS, Du Développement à la Décroissance, édition du Monde Libertaire, 2004
2. En attendant des lendemains qui chantent, allons-nous continuer à consommer tous les jours, même en toute petite quantité, chez Auchan, Carrefour, Elf, Total, Mc Do, Nike, Microsoft, etc. ?
3. Cela va, évidemment, à l'encontre de l'organisation actuelle de la société capitaliste faisant de la population de véritables moutons décérébrés et dépendants, et permettant à une infime minorité de puissants de massacrer la vie et la nature pour le pouvoir et l'argent.
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|  Décroissance, travailler, produire......... POUR QUI, POURQUOI , |  LE GOUVERNEMENT CHERCHE à nous faire travailler plus en nous faisant travailler plus longtemps avec l'«assouplissement des 35 heures ». L'objectif est de produire plus, de créer plus de richesses. Notre bonheur se mesurerait-il au taux de croissance ?
Travailler pour consommer
Pourquoi travaillons-nous ? Pour satisfaire nos besoins essentiels ou pour pouvoir consommer ? Les richesses que nous produisons pour nous et ceux qui profitent de notre travail servent à alimenter la consommation. Consommation qui nous est présentée comme un accomplissement de soi, une façon de se définir, de montrer son pouvoir d'achat, voire une façon d'être ou d'exister aux yeux des autres. Sans le dernier produit à la mode, pas de reconnaissance sociale.
Conséquences de la croissance
À force de produire pour pouvoir consommer et inversement, on en oublie la finalité du travail et l'intérêt réel d'acquérir des biens et des services. Pourtant, toute cette production n'est pas sans conséquences sur notre environnement. Cette course folle à la croissance à tout prix a un impact sur les réserves en matières premières, comme le pétrole, le gaz, l'uranium... Toutes ces matières premières sont le carburant de nos économies, et nous les utilisons comme si elles étaient inépuisables. Or, il n'en est rien. De plus, le rythme économique et son corollaire, la pollution, sont tels que nous détruisons notre environnement. Cette fuite en avant ne peut pas durer indéfiniment. On peut toujours chercher des solutions techniques pour dépolluer, mais autant agir à la racine. Pourquoi à la fois produire de façon polluante et travailler à dépolluer ? Si ce n'est pour créer de la croissance qui profitera toujours aux mêmes.
La décroissance, une occasion à saisir
Face à l'épuisement des ressources et à la destruction de la planète, nous serons fatalement obligés de revoir notre système de production (et donc de consommation). Autant se servir de ce moment pour faire le bilan de notre système économique et voir s'il n'est pas possible à cette occasion d'en modifier le fonctionnement afin qu'au-delà de l'aspect écologique, on vive mieux.
Il s'agit donc d'inventer un mode de vie qui ne conçoive le travail et la consommation que comme des outils parmi tant d'autres de notre épanouissement individuel et collectif. Nous organiser par nous-mêmes est certainement la façon la plus sûre pour contrer les profiteurs actuels, car une telle remise en cause de notre société, en particulier de notre système économique capitaliste, se heurtera à ceux qui en profitent actuellement. Outre l'aspect économique, on touche en effet à la question du pouvoir politique.
Tri nécessaire
Il est nécessaire de faire, dans notre consommation, un tri entre nos besoins réels et les envies nées des injonctions marketing, publicitaires, sociales, etc. De même, pour la production, regardons quels sont les produits et services intéressants en tant que tels et ceux qui requièrent des tâches dures, ingrates, abêtissantes... Nous ne vivons pas pour travailler mais l'inverse. Les activités non marchandes, comme tout ce qui se fait par le bénévolat, concourent elles aussi à notre bien-être individuel et collectif. Ce tri ne doit pas nous faire revenir à la bougie : il s'agit de faire consciemment des choix en évaluant à la fois l'importance de nos besoins, leurs conséquences sur les besoins en travail, l'impact sur notre environnement. Ne pas consommer plus, mais consommer « utile ».
Limites de la démarche individuelle
Évidemment, cette démarche ne peut pas être uniquement individuelle. Nombre de choix sont collectifs. Pour ce qui concerne les transports, par exemple, si l'on veut permettre aux gens de se passer de leur voiture, il faut proposer des transports collectifs efficaces. Si l'accumulation de changements de comportements individuels engendre bien des conséquences collectives, on ne pourra faire l'économie d'une refonte globale du système. Chacun peut travailler à consommer différemment et de façon respectueuse de l'environnement, mais il est nécessaire d'abandonner à un niveau global la logique suicidaire du toujours plus qui sous-tend le système capitaliste. Dans ce système, riches et puissants ne peuvent prospérer sans croissance. Baisse de la production signifie alors chômage, précarité et une exploitation accrue de la main-d'oeuvre bon marché, ici ou dans les pays dits du Sud. D'où la nécessité de l'égalité économique et sociale qui nous permettrait de faire des choix économiques et environnementaux conforme aux intérêts de tous.
Pour en savoir plus: Le site du Réseau pour l'abolition des transports payants (RATP) : http://ratp.samizdat.net La brochure sur la décroissance publiée aux éditions du Monde libertaire, « Du développement à la décroissance : de la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire de capitalisme ».
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|  Le retour à la croissance n'est ni possible ni souhaitable |  tract du groupe FA Marée noire, Tract librement inspiré de l'appel de Raspail. vendredi 28 avril 2006 Puisque nous vivons dans un monde dont les ressources finies ne sauraient soutenir une croissance sans fin et que nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, nous invitons les salarié-e-s, chômeur-e-s, précaires, étudiant-e-s, retraité-e-s à réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable.
En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu'aucune position politique et aucune revendication qui n'intègre ni le caractère d'impasse du développement économique, ni l'aspect suicidaire de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur. Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale.
Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tou-te-s les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux, syndicats de cogestion, partis opportunistes et autres tenant-e-s de la croissance comme planche de salut.
Le retour au plein emploi n'est ni réalisable ni désirable
Nous voulons ainsi briser le culte de la création d'emplois et de richesses, réhabilité avec le concours de la gauche dite socialiste dans les années 1980. Aucun discours sur l'exploitation et la précarité n'a de sens et d'efficacité s'il fait l'économie de la remise en question du travail et d'une interrogation profonde sur la nature de la production.
La perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d'ordre et des revendications, n'est ni réaliste ni désirable. En effet, le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'années. Il est évident que le capitalisme ne peut plus créer assez d'emplois pour tou-te-s. Et ceux qu'il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux. De plus, les importants bénéfices des gains croissants de productivité ne profitent toujours qu'à la même classe, pendant que les travailleur-e-s doivent se dévouer encore plus et craindre pour leur avenir.
Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays dits « en voie de développement », où se concentrent le désastre écologique - même si nous ne sommes pas en reste... - et les pires conditions de travail. Dans notre économie de services, fleurissent les emplois de serviteur-e-s : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne », petit-e-s soldat-e-s du management.
Soyons conséquent-e-s, détruisons l'industrie et son monde !
Nous pensons qu'un mouvement social conséquent doit se donner pour but d'aider l'économie à s'effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d'en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc y constituer des milieux de vie où émergent de nouveaux rapports humains et où l'on puisse produire ses moyens de subsistance, hors logique capitaliste et sans le concours de la machinerie industrielle, comme c'est déjà en projet sur la région de Nancy avec le MUSCAD (Mouvement pour Une Société Conviviale, Autonome et Décroissante).
Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l'appareil de production existant, inutiles et nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un refus du capitalisme et un rejet résolu de l'Etat et de ses représentant-e-s, qui sont et seront toujours des obstacles à nos projets d'autonomie.
Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun-e ! Il n'y en aura pas, organisons-nous pour ne plus en avoir besoin !
Que le capitalisme s'effondre !
Que la vie et l'anarchie l'emportent !
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|  Décroissance ou capitalisme, l"antagonisme |  Le bimestriel (intéressant) « La décroissance » (casseurs de pub) vient, dans son dernier numéro, de publier un article intitulé : « La décroissance est-elle possible sans sortir du capitalisme ? ». Serge Latouche semble se lamenter : « Il s'agit d'une question récurrente qui revient pratiquement à chaque débat public sur la décroissance ». Effectivement. C'est même la seule question qui vaut la peine d'être posée, car tout le reste en découle !
Dans l'article précité, trois invités s'expriment : Serge Latouche, professeur d'économie, José Bové, membre fondateur d'ATTAC, et Albert Jacquard, généticien. Nos trois compères paraissent déterminés dans leur positionnement sur cette question précise. Pour Serge Latouche : « il va de soi que la critique du développement et de la croissance implique la remise en cause du capitalisme. » José Bové pense que « décroissance et capitalisme sont parfaitement antagonistes. » Albert Jacquard écrit : « Il me semble évident que le capitalisme est un système irrecevable dans une société de décroissance. »
La destruction de l'environnement et du lien social par le capitalisme crève à tel point les yeux qu'il devient difficile de ne pas le dénoncer. Cependant, si l'on y regarde de plus près, c'est pour découvrir une extrême prudence, le maniement de la langue de bois, du double langage, des litanies de vœux pieux, l'art de tourner autour du pot, la maîtrise de l'euphémisme, la pratique de la valse-hésitation, la stratégie de la diversion, le doigté de l'amalgame.
Serge Latouche : « Si je n'insiste pas sur la critique spécifique du capitalisme, c'est qu'il me paraît inutile d'enfoncer une porte ouverte». La fin du capitalisme, c'est tellement évident…qu'on n'en parle pas ! Le meilleur moyen de franchir un obstacle…c'est de le supprimer ! Plus, il s'escrime à entretenir un flou artistique : « …si le marché et le profit ne peuvent plus être les fondements du système, ils peuvent persister comme incitateurs. » On réinvente le petit profit !
José Bové, lui, après avoir reconnu que « le capitalisme du XXIe siècle organise un exode rural inédit dans l'histoire du monde » (800 à 900 millions de paysans seront chassés de leurs terres dans les dix ans), concède : « Il faut permettre à différentes formes d'échanges de fonctionner en parallèle. » C'est-à-dire le capitalisme, auquel on n'ose pas s'attaquer…et les quelques marginalités que ce capitalisme voudra bien tolérer !
Quant à Albert Jacquard, il fait carrément dans une naïveté à mourir : «Pourquoi n'existerait-il pas une économie de marché qui fasse de la place aux petits, aux handicapés ? » Un capitalisme à visage humain : on a déjà vu le film ! « Peut-être, ajoute-t-il, faudrait-il privilégier l'émulation au détriment de la compétition. » Il suffirait même que les politiciens renoncent au pouvoir, et que les hommes d'affaires dédaignent le profit ! La plus sûre méthode pour traiter un problème, c'est de le croire résolu !
Car l'essentiel, pour ces gourous peu subversifs, c'est sinon d'occulter les antagonismes de classes, du moins d'éviter d'aborder les conditions dans lesquelles pourrait s'effectuer la sortie du capitalisme, c'est-à-dire d'esquiver l'allusion au seul rêve fécond, celui d'une révolution sociale et libertaire, le mot tabou.
En laissant croire que d'infimes transformations du système produiront un système « autre », que des alternatives « à l'intérieur » du système capitaliste engendreront « naturellement » une alternative « au » système en question. Et pourquoi pas que l'accumulation du capital pourrait être abolie à coups de décrets ou de 49-3 ! Sous couvert de ne pas imposer un « modèle unique » ( ? ), on se limite à dépeindre une pluralité d'initiatives, un foisonnement d'innovations, ce qui permet de se dispenser d'une réflexion théorique plus approfondie…révélatrice des .
Une mention particulière revient à Serge Latouche. Dans son dernier ouvrage « Décoloniser l'imaginaire » (Parangon), il écrit, à la page 83 : « De larges zones du monde vivent cependant déjà en complète anarchie. » Il récidive à la page suivante : « Le Liban a longtemps fourni le spectacle exemplaire d'un régime d'anarchie durable ». On peut comprendre que des politiciens animés par leurs seules ambitions de pouvoir, ou que des hommes d'affaires se sentant menacés dans leur quête effrénée de profits, s'évertuent à discréditer une notion qui trouble leur sérénité. On comprend moins facilement qu'un professeur d'économie, censé respecter ses étudiants et ses lecteurs, contribue délibérément à entretenir la confusion en usant du mot « anarchie » dans le sens de « chaos social », imitant ainsi de plus en plus d'intellectuels de la gauche caviar.
Si les anarchistes ne caracolent pas nécessairement avec plusieurs longueurs d'avance en matière de réflexion sur ce que pourrait être une «décroissance » vécue par la population dans sa quotidienneté, ils ont au moins le mérite d'être les seuls à se positionner clairement par rapport au capitalisme. Puisque c'est la loi du profit qui, dans le capitalisme industriel, a accéléré de manière fulgurante la destruction des ressources et des équilibres naturels, alors l'objectif ne peut être que l'abolition de la propriété privée des moyens de production et de distribution qui génère ce profit.
A cet égard, la décroissance constitue le meilleur angle d'attaque du capitalisme. Le «concept toxique » de développement durable, habillage fallacieux du capitalisme, laisse imaginer une croissance ralentie. La décroissance, par l'inversion de la pente, véhicule l'idée fondamentale de rupture. Le clivage devient alors beaucoup plus clair. D'un côté, développement durable, continuité, réformisme, réalisme (c'est-à-dire aux impératifs de la finance internationale), mythe du pouvoir du consommateur (c'est-à-dire refus de remettre en cause des rapports de production). De l'autre, décroissance, rupture, révolution, utopie (c'est-à-dire projet revendiqué d'une société qui n'existe nulle part, et non aménagement du système dominant), primauté du producteur sur le consommateur (c'est-à-dire remontée aux causes, et non traitement des seuls effets).
Le capitalisme a coupé l'homme de ses racines, en accentuant la pression sur la biosphère. Il a réduit le bonheur à la seule satisfaction des matériels. Il a transformé des richesses illusoires en dettes envers les générations futures. Les mystificateurs du système libéral, et même de l'altermondialisme, qui freinent, par aveuglement ou par lâcheté, contestataire, portent une lourde responsabilité. Ils pourraient bien être débordés, dans un avenir relativement proche, par une foule qui aura compris ce qu'une « élite » aura évité de lui expliquer !
J-P. Tertrais, Groupe La Sociale de la Fédération anarchiste
Texte extrait du monde libertaire n°1369, du 30 septembre au 6 octobre 2004
Monde libertaire, l'hebdomadaire sans Dieu, sans maître et sans publicité de la Fédération anarchiste, chaque jeudi dans vos kiosques.
24 pages couleurs en papier recyclé pour deux euros
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|  Pour un autre futur |  Plus que jamais, à un moment où le système capitaliste entend brutalement ou insidieusement selon les circonstances, contrôler, diriger et manipuler nos vies dans tous ses aspects, il est nécessaire de dégager les points d'une véritable alternative politique et économique.
POUR UN AUTRE FUTUR
On a fait croire aux générations d'après la seconde guerre mondiale que l'épanouissement et la liberté des individus passaient par une consommation marchande sans cesse plus forte, et que l'abondance allait naître pour tous. Malgré le silence lâche des technocrates et des affairistes corrompus, la supercherie éclate aujourd'hui en pleine lumière. Non seulement l'opulence n'engendre pas le bonheur de ceux qui en jouissent, mais le nombre des exclus s'accroît constamment, parce que seuls les besoins de ceux qui peuvent payer intéressent les dirigeants des grandes firmes prédatrices : les démunis peuvent mourir dans une superbe indifférence.
L'humanité est engagée dans une course folle, celle de l'accumulation du capital qui n'a d'autre finalité qu'elle-même (le capital, faut-il le rappeler, n'étant que la plus-value volée aux salariés qui l'ont créée). L'objectif final est bien de transformer totalement les rapports de propriété sur la planète, de faire de la moindre ressource matérielle ou intellectuelle une marchandise, c'est-à-dire une source de profit. C'est parce que rien ne semble pouvoir arrêter cette course ponctuée de calculs sordides que chaque jour s'allonge la liste des dégâts sociaux et écologiques provoqués par cette accumulation. Nous sommes les premières générations, dans l'histoire, à transmettre à leurs descendants un héritage moins favorable que celui que nous avons reçu !
Une planète en péril
Ce n'est pas seulement par une erreur d'appréciation que le développement exponentiel de la technique nous rend vulnérables et nous aliène au lieu de nous libérer. Ce n'est pas seulement par manque de clairvoyance que les promesses de bonheur s'inversent en menaces de mort, et qu'une illusion de puissance nous rend dangereux pour nous-mêmes. Si les blessures infligées à la biosphère se multiplient, jusqu'à en rendre certaines irréversibles, c'est parce que l'arrogance criminelle de ceux qui nous gouvernent les pousse à faire prendre aux générations futures, et sans les consulter, les risques les plus fous plutôt que d'écorner quelque peu leur mode de vie extravagant.
Des scientifiques de plus en plus nombreux s'interrogent sur l'état de la planète, et par conséquent sur les conditions de vie qui y régneront dans seulement un demi-siècle. Affirmer que le diagnostic est alarmant dans un système économique incapable d'assurer la survie de l'espèce humaine est un doux euphémisme : élévation du niveau des océans due à une hausse des températures ; pollutions atmosphériques ; altérations climatiques graves (tempêtes plus violentes et plus fréquentes) ; déchets nucléaires durablement toxiques ; perspective d'une grave pénurie d'eau concernant la moitié de la population mondiale ; perte de fertilité des sols, et particulièrement des terres agricoles ; perturbation des écosystèmes marins, c'est-à-dire diminution des ressources en poissons, et donc en protéines ; recul continu des forêts partout dans le monde ; réduction de la biodiversité ; accumulation de millions de tonnes de déchets métalliques et plastiques qui ne connaissent pas de recyclage… Autant de bombes à retardement !
Un bilan humain désastreux
L'ouverture de la planète à la concurrence sauvage accentue l'exploitation de la force de travail, et plus particulièrement dans les pays du tiers monde soumis aux programmes d'ajustement structurel du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale. Les chiffres sont édifiants : 1,2 milliard de personnes au-dessous du seuil de pauvreté, dont les trois-quarts chroniquement sous-alimentées ; 850 millions d'analphabètes ; 150 millions de chômeurs dans le monde ; 700 millions de sous-employés (l'Union européenne octroie 2.20 dollars de subvention par jour et par vache, alors que la moitié de la population du monde vit avec moins de un dollar par jour ! !). Des accidents du travail et des maladies professionnelles en augmentation constante. 250 millions d'enfants travaillent dans les mines, les ateliers insalubres ou sont contraints à la prostitution, à l'esclavage.
Face à la destruction des acquis sociaux, au démantèlement des services publics, à la suppression d'espaces de liberté, à la généralisation de la précarité, une fraction, certes trop peu nombreuse, de la population réagit. Et parce qu'il sent menacé l'ordre inégalitaire et autoritaire qu'il veut maintenir, le pouvoir met en place une politique sécuritaire et tout un arsenal de contrôle social : surveillance et fichage des citoyens, répression syndicale, criminalisation des mouvements sociaux, harcèlement des populations marginalisées, parce que quand une société n'ose plus soutenir le regard de ceux qu'elle a réduit à la misère, il ne lui reste plus qu'à les jeter dans l'obscurité des prisons. Sauf que si l'on peut incarcérer des hommes, on ne saurait enfermer leurs idées.
devoir de révolte
Les siècles passés témoignent que les dirigeants, leurs complices, leurs collaborateurs, grâce à la puissance des institutions qui inculquent le sens de la hiérarchie et de l'obéissance, ont toujours assuré le droit du plus fort, le règne du despotisme en exploitant la bonne foi et la naïveté des peuples. La terrible servitude volontaire qui pousse les populations à accepter leur sort, à courber sans cesse l'échine, n'est pas une fatalité.
Il n'est pas inéluctable que la réussite de quelques-uns se fonde sur l'échec du plus grand nombre, que les pays du Sud continuent à financer l'expansion de ceux du Nord, ou que se perpétuent des marchés financiers déconnectés de la réalité, où certains peuvent acheter sans avoir d'argent et vendre ce qu'ils ne possèdent pas !
Faudrait-il que la jeunesse se contente de la flexibilité, des petits boulots, des salaires dérisoires, d'une protection sociale réduite, de retraites aléatoires, lorsque le P.D.G. d'Alcatel gagne deux mille fois le SMIC ?
A travers l'histoire, des penseurs nous invitent à ne pas subir perpétuellement la violence légitimée des Etats, pas plus que la logique froide du capital. La Boétie : « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. » Stirner : « Si la soumission venait à cesser, c'en serait fait de la domination. » Camus : « La révolte est l'une des dimensions essentielles de l'homme. » Même la « Déclaration des droits de l'homme » de 1793 stipulait : « Quand les droits du peuple, ou d'une partie du peuple, sont bafoués, l'insurrection devient pour lui le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Parce que les idées dominantes sont toujours celles de la classe dominante, le discours officiel, économique ou politique, n'a qu'une seule fonction : légitimer l'ordre social établi.
Il appartient à tous, d'abord de comprendre que l'homme est aujourd'hui confronté à lui-même, et à lui seul, que les lois économiques ne sont pas naturelles mais sociales, qu'une société fondée sur la peur, la haine, la fraude et l'égoïsme n'a aucun avenir, ensuite d'imaginer qu'un autre monde est possible, enfin de le construire sur le respect, la solidarité, l'intelligence. Quand le cynisme des puissants se heurtera à la résistance des faibles, vivre décemment deviendra un espoir pour tous. Cet espoir ne passera ni par un simple « relookage » du système capitaliste, ni par le biais des élections qui délivrent des « chèques en blanc » aux politiciens tout en véhiculant l'illusion d'un possible changement par des spécialistes chargés de notre bien-être.
Nous ne ferons pas l'économie d'une révolution !
Sept 2004
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|  Du développement à la décroissance | 
Motion d'orientation du 61e Congrès de Rennes de la Fédération anarchiste (Mai 2004)
mai 2004
Le développement des forces « productives », conçu par le capitalisme comme la finalité de l'histoire, a engendré une nouvelle religion, celle de la croissance économique. Selon les promesses de l'idéologie libérale, le bonheur devait se mesurer à l'aune du PNB.
Après un demi-siècle de « progrès », le vaste chantier des « modernistes » prend des allures de ruines. L'homme est atteint dans sa chair et dans sa dignité : aliénation par le travail, chômage, précarité, stress, solitude, mal-être, etc. Les inégalités sociales, tant entre pays riches et pays pauvres qu'à l'intérieur de chaque nation, n'ont jamais été aussi fortes. Allumés et entretenus essentiellement pour des enjeux stratégiques, les conflits armés germent sur tous les continents.
Mais, surtout, parce qu'il met gravement en péril les générations futures, le bilan lié à l'environnement s'avère proprement désastreux. L'empreinte écologique globale de l'humanité (c'est-à-dire le niveau d'épuisement des ressources et de perturbation des mécanismes régulateurs) dépasse d'ores et déjà de 20 % les capacités biologiques de la Terre. À plus ou moins long terme, si l'on maintenait les tendances actuelles, il nous faudrait des ressources équivalant à plusieurs planètes. La croissance n'est plus possible.
Pour remédier à cette situation, le « développement durable » est désigné par les détenteurs du pouvoir (politique, économique, médiatique, etc.), ainsi que par la fraction altermondialiste qui rêve d'« humaniser » le capitalisme, comme la panacée. Mais la supercherie ne résiste pas à une réflexion un peu sérieuse. L'ambiguïté même du terme en assure le succès : elle masque le problème en donnant l'impression de le résoudre. Pis, elle déplace un problème pour en créer un autre, plus épineux. Pour les bénéficiaires de la « mondialisation », il ne s'agit nullement de remettre en cause le principe d'économie libérale, mais de faire accepter les règles de l'Organisation mondiale du commerce, avec la perspective, pour quelques centaines de multinationales, de privatiser un peu plus des domaines vitaux comme l'eau, l'alimentation, la santé. Le marché est chargé de remédier à la destruction de la planète infligée par... le marché, la seule concession consistant à en atténuer les dégâts les plus visibles, pour autant que subsistent les profits.
Puisque l'impact écologique met en évidence un « sur-régime » par rapport aux ressources de la planète, il faut s'orienter vers une décroissance physique, c'est-à-dire réduire progressivement la quantité de matières premières et d'énergie mise enjeu. La décroissance n'est pas un choix idéologique ; elle est une nécessité absolue.
Si aucune société n'est écologiquement innocente, c'est-à-dire si le développement de l'humanité s'accompagne toujours d'une transformation du milieu, c'est bien la course au profit, à l'accumulation, avec la création continue de besoins artificiels, qui produit une accélération fulgurante de la dégradation des écosystèmes. Le préalable à la mise en œuvre de cette décroissance est donc la disparition du capitalisme. Parce que ce système a besoin d'une croissance pour survivre, parce que sa logique propre est une dynamique suicidaire, il ne peut accomplir cette décroissance... sauf à supprimer massivement les populations pauvres, c'est-à- dire à perpétrer des génocides.
La deuxième condition est la suppression de l'État, dans la mesure où cette dynamique capitaliste ne s'accélère qu'avec la collaboration des différents gouvernements : multiples subventions, mise en place d'infrastructures, prise en charge par la puissance publique de la formation, de la recherche, des coûts environnementaux, des pertes financières, cadre juridique sur mesure... Ne pas s'atteler à la disparition de l'État reviendrait à épargner un pilier fondamental du système et un adversaire redoutable, et donc à rendre impossible la transformation profonde de la société.
Toute solution qui ferait l'économie d'une redistribution des richesses serait fatalement vouée à l'échec. Pour que la décroissance puisse être maîtrisée par les différentes populations, pour qu'elle n'ouvre pas la voie à la barbarie des conflits pour l'appropriation des ressources ou aux mesures draconiennes d'un totalitarisme, le problème doit impérativement être posé dans une perspective d'égalité économique et sociale, la gratuité des services publics pouvant constituer un levier essentiel dans cette construction.
Si la démarche individuelle de simplicité volontaire, c'est-à-dire l'adoption d'un mode de vie différent peut représenter la base « philosophique » d'une société soucieuse des générations futures, il est clair que la somme des comportements individuels écologiquement « responsables » ne saurait suffire, loin s'en faut, à édifier une société de décroissance. Ne serait-ce que parce que les domaines les plus dévoreurs d'énergie et de matières premières (complexe militaro-industriel, transports, agriculture, etc.) relèvent de politiques globales, et donc de décisions collectives. Il serait illusoire de penser que nous pourrions faire l'économie d'une révolution.
Parce que la maîtrise par chacun de sa propre existence, parce que la définition par chacun de ses propres besoins ne peuvent en aucun cas justifier une production boulimique, source d'un travail aliénant, seule une société fédéraliste, autogestionnaire peut assurer conjointement l'égalité économique, la justice sociale et la préservation des ressources naturelles.
Fédération anarchiste
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|  La forêt s'embrase ? Vite, un verre d'eau ! | A propos d'un livre de Jean-Paul Besset ( principal conseiller de Nicolas Hulot ). La rupture nécessaire avec le capitalisme et son idéologie.
Depuis plusieurs années, des centaines d'ouvrages fleurissent sur le désastre annoncé, au chevet de la planète. Et toujours se reproduit le même scénario : un diagnostic rigoureux mais pertinent ; des remèdes dérisoires, un traitement inadapté. Un décalage sidérant entre une analyse pessimiste et une conclusion insipide dépourvue de toute perspective politique. Avec son Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire paru en 2005 chez Fayard, Jean-Paul Besset n'échappe pas à la règle.
Le réquisitoire est sévère : crise du vivant, faillite de l'humain, désintégration sociale, qu'accélère la fuite en avant technologique. Avec, notamment, le bouleversement climatique comme arme de destruction massive. Et chaque année, 76 millions d'individus qui viennent alourdir la capacité de charge de l'humanité sur la planète.
Objectif central de tous les programmes socio-économiques depuis un demi-siècle, la croissance n'est plus possible ; elle est incompatible avec la stabilité de la biosphère et inaccessible à l'essentiel de la population mondiale. L'irruption des limites vient briser le vieux rêve de domestication de la nature.
Plus de 300 pages (c'est très long !) où l'auteur nous décrit l'impasse dans laquelle nous a conduit la fascination de la mystique progressiste, nous dresse un constant résolument catastrophiste : l'avenir de l'homme sur la planète n'est plus assuré ; nous entrons dans une ère d'insécurité généralisée, dans une zone de danger maximal. Avec des mots qui suscitent l'effroi : hécatombe, cauchemar, apocalypse. A la page 313 - la conclusion - avec une impatience fébrile, on s'attend donc à ce que l'auteur nous livre l'imminence de la prochaine révolution. Cruelle désillusion ! L'auteur a bien été rédacteur en chef au Monde pendant dix ans, et semble donc atteint d'une maladie incurable. Les intellectuels ne découvrent jamais rien qui puisse remettre en cause leur position de classe ! Et la préservation d'un statut exige les contorsions les plus douloureuses.
Des formules hardies semblent témoigner, de temps à autre, d'une insolence pugnacité, d'ne ardeur revendicatrice de haute intensité : « Poser des limites à cette prétention prométhéenne », « l'homme doit descendre du sommet de la pyramide qu'il a construite », « décoloniser les esprits pour s'émanciper de la démesure », « envisager d'autres manières d'être, de penser et d'agir », « bousculer les conformismes, emporter les convictions populaires, construire un autre consensus social ».
Puis viennent les formulations ambiguës : « qu'une social-écologie vienne prendre dans l'opinion le relais des différentes formes de social-démocratie... ». « Reprendre le contrôle de sa vie, s'accorder une simplicité volontaire, attribuer à la richesse une autre valeur que celle de l'accumulation, prétendre à la qualité plutôt que la quantité », « envisager une redistribution des richesses selon d'autres critères de vie désirable ».
Enfin, tout devient lumineux. Après avoir fait comprendre que l'important, c'est la nature de la production, et non les rapports de production (mieux vaut, sans doute, le solaire esclavagiste [1] que le pétrole autogéré), l'auteur se dévoile enfin : « La bonne question consiste à passer un compromis avec le marché et, pour éviter qu'il ne déborde et ne s'érige en instrument dictatorial, à lui appliquer un nouveau type de régulation, celui de la durabilité ». Ah ! Le capitalisme à visage humain, relooké écolo ! L'auteur persiste : « Il ne s'agit pas de courir après cette chose introuvable dont certains rêvent, entre capitalisme et socialisme, mais de tracer un chemin entre Réaction et Progressisme ». « On pourrait, par exemple, commencer par fixer un salaire maximum aux patrons » (peut-on croire à une telle naïveté ?) Plus loin : « Il faut construire une démocratie participative et délibérative... Institutionnaliser les outils démocratiques (conférences de citoyens, comités consultatifs, états généraux, référendums, débats nationaux...), bien entendu, au plus près du concret des usagers ». Alors que Michel Koebel, sociologue, maître de conférences à l'université de Reims, démontre dans Le Pouvoir Local ou la démocratie improbable que, depuis trente ans, le recrutement du personnel politique local et sa professionnalisation accrue éloignent toujours davantage les élus de ceux qu'ils sont censés représenter.
J.-P. Besset jette en pâture des coupables commodes : Bacon, Descartes, Spinoza, les Lumières, et même saint Augustin, ceux qui ont, de quelque manière, légitimé la domination de l'homme sur tout ce qui l'entoure. Chacun serait responsable parce que tout individu est animé du désir jamais achevé de parvenir au perfectionnement, parce que la possession sert d'antidote à la finitude. Nous serions tous victimes (et coupables) de glissements progressifs et continus de l'être vers l'avoir. Sous prétexte d'un consensus autour de l'idée de progrès, de croissance, de développement, il faudrait situer sur le même plan les exploiteurs et les exploités.
Évoquant la crise de l'humain, J.-P. Besset écrit : « Voilà les humains, toutes classes mélangées, toutes cultures confondues, livrés corps et âme aux artefacts technologiques, aux diktats de la robotisation... » Ce constat en induit implicitement un autre, plus pervers : la fin sous-entendue de la lutte des classes ; nous sommes tous sur le même Titanic ; précaires et spéculateurs : même combat ! J.-P. Besset oublierait-il que l'opinion, française et européenne, est opposée aux trois quarts à l'introduction de cultures et plantes OGM et que, malgré ce refus, les pouvoirs publics effectuent, comme pour le nucléaire dans les années soixante-dix, un passage en force : consultations bidon du public sur Internet, culpabilisation imbécile dans le genre « ceux qui s'opposent aux OGM sont contre les médicaments pour la mucoviscidose », faucheurs volontaires dont les comptes bancaires sont saisis au prodit de Monsanto...
De qui se moque-t-on ? Le comportement quotidien des consommateurs, des citoyens est surdéterminé par les politiques mises en place par les dirigeants, les élus, mais surtout le pouvoir économique et financier. En quoi le citoyen lambda est-il responsable des dépenses d'armementou d'une pseudo-conquête spatiale, des constructions de prestige, de la fabrication d'objets non récupérables, du suremballage, du jetable, du gaspillage savamment orchestré ? Abusé par des intérêts qui le dépassent, l'individu, à qui on demande de « révolutionner sa propre existence » peut-il être tenu pour responsable des stratégies et des décisions des Bourses, des gouvernements, des institutions internationales, des conseils d'administration des grande firmes ?
L'individu est-il réellement responsable de ses achats impulsifs quand la publicité s'acharne à susciter l'envie, à exciter le désir, à détourner l'imaginaire vers la marchandise, à manipuler les facteurs psychiques qui orientent ses conduites ? Faut-il incriminer la majorité des populations lorsque les professionnels, avec le secours de la science, s'appliquent à flatter, à séduire, choquer, harceler, voire violer, à multiplier, à l'aide de budgets considérables, des méthodes de l'ordre de l'hypnose, à seule fin d 'ériger la consommation en impératif civique ? Le choix a-t-il encore un sens lorsque les incitations sont permanentes : promotions, prix cassés, braderie, rabais, soldes... ?
Nous témoignerions d'un « individualisme extrême ». Certes mais, en divisant les citoyens pour mieux régner, en exacerbant le racisme et la xénophobie par le renforcement des frontières, l'Etat ne détruit-il pas sciemment les solidarités ? En provoquant l'atomisation, l'isolement des individus, le capitalisme ne les dresse-t-il pas délibérément les uns contre les autres ? Dans la lutte pour la recherche d'un emploi ou la conquête d'un marché, autrui n'est-il pas devenu un obstacle, pis : un ennemi à abattre ?
Abreuvé de circuits, de réseaux, de processeurs, le citoyen peut-il maîtriser quoi que ce soi dans l'expansionnisme de l'informatique, de la robotique, des biotechnologies, des manipulations génétiques, des nanotechnologies, dans cette artificialisation de la vie, cette « chosification » de la personne, dans la construction par des apprentis sorciers d'une prétendue « posthumanité » qui engendre sentiment d'impuissance, d'angoisse, désarroi, détresse, avant de nous exposer à de nouveaux risques, de nous livrer à des possibilités terrifiantes, pour finalement nous faire sombrer dans la barbarie ?
Encore une fois, il est plus facile, au travers d'une bouillie pseudo-intellectuelle, d'uniformiser les responsabilités, de procéder à des amalgames pour éviter de démontrer l'incapacité du système capitaliste à mettre en oeuvre cette décroissance incontournable, et donc mettre en évidence la nécessité d'une révolution sociale. L'auteur concède seulement : « Il faudra du temps... » Sauf que le cours du pétrole n'attendra pas. Quand il aura atteint 200 dollars le baril, pour qui faudra-t-il voter ?
La vérité c'est que, lorsqu'on refuse d'assumer un choix clair et cohérent de société, on ne peut plus que se résoudre à qualifier toute idéologie d'archaïque et d'obsolète, à se situer au-dessus du « clivage droite-gauche » (en oubliant que c'est l'absence de positionnement idéologique identifiable qui favorise l'émergence des extrémismes, des fanatismes). La vérité c'est que, lorsqu'on ne veut pas entretenir avec le pouvoir un rapport conflictuel on ne peut que verser dans le symbolique et le festif (manifestations avec lâcher de ballons, chaînes humains...).
Les anarchistes n'ignorent rien de la difficulté du pas à franchir. Mais lorsqu'on s'est battu toute une vie, jusqu'à feindre des illusions sur la capacité à réguler un système (voir Yves Paccalet : L'humanité disparaîtra, bon débarra), vient un moment où il faut assumer pleinement ses responsabilités. Ce n'est plus seulement Billancourt qu'il s'agit de ne pas désespérer, mais l'ensemble de la jeunesse. Et, en l'occurence, il n'y a pas de demi-mesure. Lorsqu'on n'a pas le courage de choisir la voie révolutionnaire, la seule raisonnable dans une société non seulement bloquée mais en déliquescence, il ne reste plus que l'option réformiste, celle qui, précisément, peut entretenir la confusion idéologique, celle qui propose des solutions dérisoires au regard des problèmes posés, celle qui se complaît dans la fausse critique, la pseudo-rébellion, la subversion factice, celle qui occulte le sens de l'évènement, et même celui de l'Histoire, celle qui ne dénonce que les excès du capitalisme, alors que le capitalisme ne peut produire que des excès, celle qui, en définitive, critique le capitalisme pour sauver le capital et assurer sa régulation : la taxation des capitaux (un même outil revendiqué par des adversaires politiques !), la fiscalité - dissuasive ou incitative - la citoyenneté, la consomm'action, et autres emplâtres sur jambes en bois. Des alternatives « dans » le système, qui ne constitueront jamais une alternative « au » système.
Refuser d'affronter directement le capitalisme, c'est prendre le risque de détourner l'attention des problèmes réels, de fournir une vision édulcorée de la mondialisation, d'occulter les rapports sociaux de domination et d'exploitation dans leur réalité quotidienne, de faire croire que les mêmes causes finiront par produire des effets contraires, de vider la révolte de tout enjeu politique, de contribuer à moraliser, et donc à perpétuer le capitalisme. C'est se résigner à corriger les abus du marché en le régulant, à atténuer les effets les plus dévastateurs des décisions économiques et politiques, c'est chercher à amender, adoucir, humaniser un système monstrueux, c'est-à-dire continuer à gérer la misère dans les limites d'un horizon supposé indépassable.
C'est faire croire à l'existence d'un Etat neutre (ou d'une « Europe forte ») investi d'une mission sociale, alors que loin d'être concurrents, l'Etat et le marché sont étroitement solidaires ; la fonction de l'Etat étant de se reproduire tout en assurant la sauvegarde du capitalisme. Le brave peuple étant convié à « faire pression », à assumer un engagement citoyen mais nullement à prendre son sort en main et encore moins à exercer le pouvoir, comme l'écrit Michel Barillon, Attac : encore un effort pour réguler la mondialisation !
Aborder frontalement le capitalisme, c'est au contraire intégrer les revendications partielles (immigration, sans-papier, racisme, chômage, licenciements, pollution, santé, agriculture, éducation...) dans une critique globale qui ne ménage pas les susceptibilités, qui s'attaque à la racine commune à la quasi-totalité de ces problèmes, c'est-à-dire la marchandisation capitaliste du monde. La construction d'une société d'hommes libres, égaux et solidaires ne sera jamais acquise définitivement ; elle exigera une vigilance permanente pour créer et maintenir, par une lutte collective de masse, une autogestion généralisée. Dans le livre précité, M. Barillon écrit : « Il est illusoire de penser réformer sur quelques points un système capable d'absorber et de recycler à son avantage n'importe quel mouvement critique ».
Mais le combat est à mener dès aujourd'hui (il est déjà très tard), avant que ne se produise le chaos duquel l'humanité pourrait ne jamais sortir. Marées noires, pesticides, métaux lourds, déchets radioactifs, pénurie d'eau, forêts rasées, climats bouleversés, famines, épidémies, guerres chimique, bactériologique ou nucléaire... : les moyens de s'autodétruire ne manquent pas. Il serait suicidaire de continuer à entretenir les mortelles illusions de la croissance, à refuser de regarder la réalité en face. Les élections, le parlementarisme, ne seront d'aucun secours (on ne pratique pas le massage cardiaque sur un cadavre !). Seule une diminution rapide et massive de notre consommation, c'est-à-dire une rupture avec le capitalisme, peut offrir une chance à l'espèce humaine de survivre au désastre qu'elle a amorcé. La course contre la montre est lancée !
Jean-Pierre Tertrais. (paru dans Le Monde Libertaire, n°1453, 2-8 novembre 2006.)
Auteur de l'ouvrage, Du Développement à la décroissance. De la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme, Editions du Monde Libertaire, 48 pages. Disponible à la Librairie du Monde Libertaire, 145, rue Amelot, 750111 Paris.
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|  La décroissance contre le développement |  17 avril 2003
ON NE PEUT PAS IMPOSER à une planète fermée et limitée - la Terre - une croissance illimitée. Nous (pas de manière égalitaire, évidemment) consommons de plus en plus de ressources et produisons de plus en plus de déchets. Alors que la Terre s'épuise, gouvernements et multinationales maintiennent le dogme « consommation + nouvelles technologies = progrès = croissance = emploi ».
La première apparition de la notion de développement date de 1949 lors d'un discours de type évangéliste de Truman, président des États-Unis. Il s'agissait à l'époque d'étendre l'aide technique et scientifique dont bénéficiait certains pays d'Amérique latine à d'autres pays défavorisés.
Le développement symbole des Trente Glorieuses (1945-1975) se révèle être une grande entreprise paternaliste - « les pays riches développent les pays sous-développés » en vue de leur occidentalisation d'après l'archétype du mâle-blanc-riche-électeur.
Croissance, progrès et développement sont intimement liés et difficilement critiquables à moins de vouloir passer pour un être hurluberlu ou arriéré. Mais le modèle occidental n'est pourtant pas universalisable ; aussi bien d'un point de vue matériel qu'écologique, le développement n'a été que la poursuite de la colonisation par d'autres moyens, et la mondialisation n'est que la poursuite du développement... Les pays pauvres ne peuvent rattraper leur « retard » sur les pays riches, d'autant plus que ces derniers continuent leur fuite en avant. Et, de fait, la polarisation des richesses est plus forte que jamais. Si la richesse moyenne a été multipliée par six depuis 1950, le revenu moyen des habitants des cent pays les plus pauvres a fortement chuté, et les trois personnes les plus riches de la planète ont une fortune supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres ! Autre chiffre significatif : 20 % de la population consomme 80 % des ressources naturelles de la planète.
La croissance est basée sur l'accumulation de capital, on ne peut donc remettre en cause la croissance sans remettre en cause le capitalisme. Pourtant, certains (institutions internationales, patrons, gouvernements, ONG, etc.) veulent nous faire croire qu'ils et elles auraient trouvé la solution - le développement durable - sans remettre en cause véritablement la logique du système dans lequel on vit.
Il suffirait de saupoudrer un peu de social ou d'écologie sur le développement pour que celui-ci devienne un modèle à suivre. Pourtant, il ne peut pas plus y avoir de capitalisme à visage humain que de développement à visage humain !
Ainsi, les expressions des années soixante-dix « produire différemment », « arrêter la croissance », chères aux écologistes, ont disparu au profit du tout-durable et d'une intégration accrue des associations et ONG dans le circuit institutionnel.
Renommer « développement durable » (ou ses déclinaisons : croissance durable ou soutenue, tourisme durable, agriculture durable, etc.) la « croissance » ne change rien puisque cette dernière se fait toujours au bénéfice des plus riches dans un but de développer la consommation, de trouver des nouveaux marchés. Même le FMI et la Banque mondiale reprennent ces termes. Cela n'empêche pas les pays riches de continuer à piller les pays du Sud, avec l'aide des élites locales, tout en les inondant de déchets, de produits et de notre culture occidentale, de façon à accélérer l'uniformisation du monde.
En outre, les pays pauvres et leurs habitants sont rendus responsables de leur propre situation et de l'augmentation de la pollution : ils et elles continuent de détruire la forêt pour se chauffer et faire la cuisine, augmentent le trou dans la couche d'ozone avec leurs usines sales tandis que nous, nous avons des centrales nucléaires propres, des voitures avec des pots catalytiques, etc.
La lutte pour la décroissance... et pour une économie où la production serait liée à une utilité sociale doit se faire à différents niveaux :
- Individuel : changer notre quotidien, consommer différemment et, au moins, arrêter le gaspillage, recycler, etc.
- Collectif : se regrouper permet de mieux vivre à moindre coût ; lutter contre les nouveaux projets pharaoniques et inutiles ici et ailleurs qui n'ont pour but que de faire circuler davantage de marchandises, de capitaux, de cadres, de patrons par les aéroports, autoroutes, TGV, centrales nucléaires, etc.
Lutter contre ce système n'est évidemment pas simple et demande tout un travail de discussion et d'explication, notamment par rapport aux accusations qu'on peut nous porter de vouloir retourner à l'obscurantisme ou à une mythification d'un passé originel merveilleux.
Il s'agit de passer d'une société aux besoins infinis, disproportionnés par rapport aux ressources et inégalitairement répartis, à une société dont les besoins seraient « justes », au double sens de justice sociale et d'adéquation au maintien de l'équilibre écologique planétaire.
Gile Clag8 Nantes
Sources : Articles « Le développement durable : mystification |
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